
Entre janvier et mai 2025, le cedi ghanéen s’est apprécié de près 47% face au dollar, devenant la devise la plus performante au monde, passant de 15 à 10,21 cedis pour un dollar. Cette évolution, bien que saluée par certains spécialistes, suscite de nombreuses interrogations sur ses causes profondes, ses répercussions sur l’économie ghanéenne et les perspectives à moyen et long terme de ce phénomène. Décryptage.
Les causes
De prime abord, il est important de noter qu’une telle évolution ne peut être attribuée à un seul facteur explicatif, mais bien à une combinaison de facteurs positifs pour l’économie du Ghana. Sur le plan économique, une hausse des exportations nationales, notamment dans les secteurs de l’or, du cacao et du pétrole (qui représentent 83,4% des recettes d’exportations du pays) a renforcé l’offre de devises étrangères sur le marché, en passant de 7,6 milliards USD en 2023 à 11,6 milliards USD en 2024. Parallèlement, les efforts de maîtrise des importations mises en place et les politiques de réduction du déficit commercial ont contribué à une amélioration de la balance des paiements.
En outre, la politique monétaire de la Banque du Ghana a joué un rôle clé dans cette évolution. En relevant ses taux directeurs (28% en mars 2025) pour lutter contre l’inflation, la Banque centrale a attiré davantage de capitaux étrangers à la recherche de rendements élevés, générant une demande accrue pour le cedi.
Par ailleurs, la confiance retrouvée des investisseurs internationaux peut également expliquer cette conjoncture économique. En effet, à la suite des programmes de soutien du FMI et de mesures de consolidation budgétaire, la monnaie nationale ghanéenne s’est appréciée. Nonobstant, cette confiance retrouvée des investisseurs ne s’explique pas uniquement par l’intervention d’acteurs extérieurs, puisqu’elle est aussi le fruit de choix politiques internes. Le gouvernement ghanéen, sous la présidence de Nana Akufo-Addo, a mis en œuvre des réformes budgétaires strictes, notamment une réduction des dépenses publiques non prioritaires, une meilleure mobilisation des recettes fiscales et un renforcement de la transparence dans la gestion des finances publiques.
Enfin, il est à noter qu’il y a seulement deux ans, la situation économique du pays était critique, vacillant entre inflation historique et chute du cours de la monnaie. Résultat : le Ghana avait dû suspendre le paiement de sa dette extérieure, pour cause de défaut de paiement. Mais, la situation a depuis évolué positivement, grâce aux efforts des acteurs publics comme privés, qui ont mis en place plusieurs initiatives pour stabiliser la situation économique de l’État ghanéen lui permettant de régler ses dettes à temps.
Parmi les mesures clés mises en place par le Ghana, la renégociation de sa dette avec ses créanciers bilatéraux et privés a joué un rôle majeur. En effet, en acceptant de s’engager dans ce processus difficile mais nécessaire, Accra a prouvé sa volonté de faire face à ses responsabilités et de redresser ses finances. Cette démarche proactive a été perçue très favorablement par les institutions financières, FMI en tête, et les marchés monétaires et envoie un message clair : le Ghana veut tourner la page de l’instabilité et asseoir une nouvelle ère de confiance, pour les habitants comme pour les investisseurs.
L’impact de ce phénomène sur l’économie Ghanéenne
Au Ghana, la récente appréciation du cedi s’impose comme une petite révolution. En effet, après des mois d’instabilité, la devise nationale reprend des couleurs, portée par une économie en croissance. Quel impact cette évolution a-t-elle sur l’économie nationale?
D’un côté, les portefeuilles de la population respirent. Les produits importés comme les produits alimentaires, les voitures, le ciment, les ordinateurs, les smartphones … coûtent désormais moins cher en monnaie locale. Une bonne nouvelle pour les ménages, mais surtout pour les entreprises, qui voient leurs coûts de production s’alléger et donc leur production coûte moins cher. Dans un contexte inflationniste encore récent, cette bouffée d’oxygène tombe donc à pic !
Mais tout n’est pas tout rose pour autant. Cette même force du Cedi commence à inquiéter les exportateurs, car qui dit monnaie qui s’apprécie, dit aussi moins de compétitivité pour les produits ghanéens. Cacao, or, pétrole : autant de ressources clés que le pays vend principalement en dollars. Résultat ? Bientôt, les recettes, une fois converties en cedis, vont fondre et la compétitivité des entreprises à l’international baissera considérablement.
De surcroît, le Cedi reste une monnaie flottante, exposée aux aléas extérieurs : une baisse des cours du cacao ou une remontée des taux américains pourrait inverser la tendance. Pour les entreprises industrielles et technologiques, ces fluctuations représentent un risque de change réel, notamment pour celles qui exportent ou s’approvisionnent dans des pays en devise étrangère.
Cela dit, l’écosystème local progresse rapidement : le Ghana abriterait plus de 700 startups tech (GSMA, 2023) mais aussi des zones industrielles actives comme Tema Free Zone. Mais, la plus grande force du Ghana reste son vivier de jeunes talents issus d’universités comme KNUST ou Ashesi. Ainsi, si la prudence est de mise, les fondamentaux structurels ainsi que les récents efforts mis en place tant par le secteur privé que public rendent le pays prometteur.
Focus sur les entreprises technologiques
L’appréciation notable du cedi, la devise ghanéenne, provoque des effets ambivalents au sein de la dynamique du secteur technologique du pays. D’un côté, cette force monétaire offre un souffle nouveau aux entreprises locales. En effet, la baisse des coûts d’importation de matériel technologique, qu’il s’agisse de serveurs, d’équipements réseau ou de logiciels spécialisés (souvent facturés en dollars ou en euros), redonne des marges de manœuvre aux entreprises ghanéennes. Les startups numériques d’Accra, en particulier, peuvent ainsi accéder à des ressources informatiques de pointe à moindre coût, stimulant leur capacité d’innovation et renforçant l’ensemble de l’écosystème tech. Par exemple, une entreprise développant des solutions d’intelligence artificielle, grande consommatrice de services cloud et de bases de données (majoritairement fournis par des géants américains ou européens), verra ses dépenses réduites, améliorant directement sa compétitivité sur le marché local.
Cependant, cette même appréciation du cedi soulève des inquiétudes pour les entreprises technologiques orientées vers l’exportation. Les revenus perçus en devises étrangères (dollars ou euros) perdent de leur valeur une fois convertis en cedis. C’est le cas par exemple pour des services comme le développement web, l’externalisation de services informatiques ou le cloud computing (qui permet d’accéder à des ressources informatiques comme le stockage de données par exemple à la demande, via internet, sans avoir à gérer l’infrastructure physique et en ne payant que l’utilisation.). Cette situation pèse directement sur la rentabilité des entreprises qui y sont exposées, affectant leur capacité à réinvestir et à maintenir leur croissance. Ainsi, si l’appréciation du cedi frappe inégalement les entreprises, il nous semble que la situation demeure globalement favorable pour la Gold coast.
Est-ce une tendance appelée à se maintenir?
Derrière la vigueur retrouvée du cedi, une question reste en suspens : cette embellie est-elle durable ou passagère ? Pour l’heure, les signaux sont encourageants. L’accord de financement de 3 milliards de dollars signé avec le FMI en 2023 a contribué à restaurer la confiance, tandis que les réserves de change se sont consolidées, atteignant 6.59 milliards de dollars fin avril 2024, selon la Banque du Ghana. L’inflation, bien qu’encore élevée, poursuit sa décrue et les flux d’investissement reprennent doucement. De quoi laisser espérer un ancrage durable de la monnaie.
Mais l’appréciation de la valeur du cedi invite tout de même à la prudence. D’abord, car sa nature de devise flottante l’expose aux fluctuations des marchés mondiaux et à l’évolution des cours des matières premières, notamment du cacao et de l’or, dont l’export constitue une entrée significative de devises pour le Ghana. En outre, une remontée des taux d’intérêt américains pourrait exercer une pression à la baisse sur le cedi. Cela s’explique par le fait que des taux américains plus élevés rendent plus attractifs les investissements libellés en dollars, incitant le déploiement d’investissements directs étrangers vers des places alternatives à la place ghanéenne.
Pourtant, au-delà de la conjoncture monétaire, le Ghana offre aujourd’hui un cadre politique et économique rassurant pour les investisseurs. D’abord, son régime démocratique avec plusieurs alternances démocratiques à son actif. Ensuite, l’écosystème technologique et industriel en plein essor à Accra, Kumasi ou Tema attire l’attention, notamment grâce à un vivier de jeunes talents bien formés. Cet essor est notamment alimenté par des infrastructures clés : des centrales énergétiques diversifiées (notamment hydroélectriques comme Akosombo) assurent un approvisionnement stable en électricité, tandis que des data centers émergent pour soutenir la transformation numérique du pays. Le Ghana bénéficie aussi d’un réseau d’écoles et universités de renom, à l’image de l’Université Kwame Nkrumah de Science et Technologie (KNUST), qui forment une main-d’œuvre qualifiée et compétente. Cet environnement est aussi complété par des clusters et incubateurs dynamiques comme MEST Africa, qui propulsent l’innovation et les startups au sein du pays. Enfin, la présence d’acteurs mondiaux comme le centre de recherche en intelligence artificielle de Google à Accra, employant des ingénieurs locaux, est la preuve ultime du positionnement du Ghana comme un pôle d’innovation majeur du continent Africain et peut être un jour du monde.
Pour finir, si l’appréciation du cedi soulève des enjeux sérieux, le pays semble avancer dans la bonne direction. Le potentiel semble a priori dépasser les risques. Le Ghana n’a pas encore gagné la bataille de la stabilité économique, mais il est sur les rails du progrès.
Article co-dirigé par Rhita Ronda, étudiante en double-licence Droit-Sciences des Organisations à l’université Paris Dauphine-PSL.
Sources:
6- https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMImportExportPays?codePays=GHA
8-
https://fr.aroundus.com/p/7304311-akosombo-dam
9-
https://www.financialafrik.com/2023/05/19/le-fmi-approuve-un-pret-de-3-milliards-usd-pour-le-ghana/
10-
https://www.bog.gov.gh/wp-content/uploads/2024/05/MPC-Press-Release-May-2024.pdf
11-
Sources recherches images :
- L’appréciation du cedi : le reflet d’un écosystème économique ghanéen en pleine expansion
- ATG Samata Participates in an Exchange on Southern and East African Funding Organized by Kottin Partners and Dama Advisory at Builders Factory
- Le Crowdfunding au Maroc : une nouvelle ère de financement Tech, soutenue par un cadre légal robuste
- French Tech: Ingérop fait l’acquisition de CityClimateX
- Optimize your Tech exit: 10 actionable tips to boost your Tech start-up’s value in 12 to 24 months







